Depuis l’introduction de l’accès à Internet dans les foyers – les « ménages », au sens économique – au cours des années 90, les habitudes des
consommateurs ont été transformées, du moins concernant la part de la population touchée par le phénomène. 60% des familles françaises possèdent un
ordinateur – proportion encore faible dans le monde occidental – mais le cinquième d’entres elles ne sont pas équipées d’Internet. Les raisons
invoquées pour justifier un non équipement sont l’absence de besoin, l’incapacité à s’en servir, la cherté, la possibilité de se connecter ailleurs
qu’au foyer et la protection de la vie privée. Mais des études ont montré que l’équipement du ménage tient essentiellement à trois facteurs : l’âge
du chef de famille (être âgé de moins de 30 ans multiplie par 5,5 la probabilité d’un équipement par rapport à plus de 60 ans), le niveau d’études
(facteur primordial), enfin la présence d’enfants. Ces obstacles sociologiques tendent néanmoins à s’estomper. Internet a permis un accroissement de
la visibilité de l’information qu’il fallait auparavant aller chercher par le recours au déplacement ou à la publicité fournie par moyens
audiovisuels, affichage, courrier et brochures. C’est pourquoi l’industrie du tourisme a été l’une des toutes premières à utiliser ce moyen pour
présenter ses produits plus « visibles » sur écran que sur tout autre support.
Dans le même temps que le client bénéficiait d’éléments de comparaison plus larges, dans le domaine du « pas cher » par le biais des sites, les
professionnels pouvaient rationaliser
leurs coûts de revient en éliminant les intermédiaires, les frais de fonctionnement liés à un personnel nombreux (représentants, vendeurs,
guichetiers) et le stockage. Il en est résulté une baisse des prix significative – consécutive à la rationalisation – modifiant le paysage
économique. En ce sens, la baisse des prix constatée sur Internet remet en cause tout le secteur de la vente par correspondance dont les leaders
incontestés « les 3 Suisses » et la « Redoute » – qui offrent un catalogue coûteux et des comptoirs de vente – sont à présent en difficulté. Cette
tendance dans le « pas cher » n’en est qu’à ses balbutiements et le développement attendu de l’Internet mobile devrait peser encore plus sur le
niveau des prix. Pour
l’instant, sa qualité inférieure en termes de performance par rapport à l’Internet fixe (durée du chargement, disponibilité des sites, frais
supplémentaires) freine encore sa généralisation mais il représente l’avenir du « pas cher » en ce qu’il déconnecte l’acte d’achat du lieu d’achat
ouvrant les zones sous-équipées à ce nouveau marché. La demande et l’offre gonfleront et la part de ces ventes à frais réduits augmentera au
détriment du marché traditionnel, induisant une baisse du niveau de prix corrélative.
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CARACTERISATION DE PAS CHER
NOTION DE PAS CHER
La notion de « pas cher » comporte des aspects objectifs et subjectifs. Dans une pure économie de marché, le prix d’un produit résulte de la
confrontation entre la courbe de l’offre et celle de la demande. Il suppose une information absolue du vendeur et de l’acheteur et l’absence de
régulation autoritaire, comme le signale l’économiste
Milton Friedman. Par exemple dans la filière halieutique, les pêcheurs de haute mer apportent
à la « criée » leur cargaison de prises qu’ils proposent aux mareyeurs qui se chargeront de la revente aux poissonniers détaillants. Le volume de
poissons en amont et les commandes en aval détermineront le prix de vente sur place, cher ou pas cher d’un jour à l’autre. Ainsi, le produit
passe-t-il de phases « chères » à des phases « bon marché » voir « pas cher » et vice-versa.
Dans une économie administrée – ou
planifiée – de type autoritaire, le prix du produit, parfois pas cher, sera fixé arbitrairement en fonction des objectifs d’emplois
des matières premières et des quantités supposées nécessaires au fonctionnement de la société, prise dans sa globalité. Dans ce cas peuvent se
former des files d’attente, se développer un marché noir si l’offre est inférieure à la demande, ou, à l’inverse, se constituer un stockage
consécutif à l’excès de production. En toute hypothèse, ces dysfonctionnements traduisent une inadéquation de la réglementation aux besoins réels.
En outre, l’interventionnisme étatique joue un rôle correctif par le biais de la fiscalité (le
prix du carburant à la pompe
n’a qu’un rapport distendu avec les fluctuations du prix du baril), du protectionnisme, des subventions ou, au contraire, du rationnement (par
exemple la lutte
anti-tabagisme aux
surtaxes à vocation dissuasive), la fixation de prix plancher visant à assurer un revenu minimum au producteur, de prix plafond favorisant l’accès
du consommateur au produit. Autre élément, la mondialisation des marchés introduit la concurrence internationale à un niveau encore inconnu
jusqu’à l’orée du XXIème siècle.
Il en résulte qu’un même produit proposé à des prix différents, pas cher ou non, selon l’instant, le lieu, le volume de transactions et le type de clientèle.
Il suffit d’accéder à une information comparative pour développer l’idée de « pas cher ». Ce comparatif du « pas cher » peut être temporel, soit à court terme – le
brin de muguet, éminemment périssable, est vendu à son plus haut niveau sur le marché
d’intérêt national (MIN) de Rungis jusqu’au 30 avril; pas cher, son prix avoisine zéro au 2 mai –, soit sur le long terme – l’orange que l’on trouvait
comme cadeau au début du XXème siècle au pied du sapin de Noël des campagnes françaises vaut, 100 ans plus tard, moins qu’un fruit autochtone
(poire, par exemple) de qualité. Il peut, également, être spatial (le même fromage de chèvre acheté à la ferme coûte 3 fois moins cher que chez le
fromager-affineur parisien). Enfin, la comparaison de prix peut jouer sur des articles interchangeables ou rendant des services similaires. À cette
aune, un jouet de plastique fabriqué dans les ateliers spécialisés d’
Oyonnax n'est pas cher par rapport à son
équivalent de bois tourné vernis ; la
fourrure synthétique, dont la qualité calorimétrique se rapproche de plus en plus de son pendant naturel – la fourrure animale –, n'est pas cher par
rapport à l’original ancestral.
Le « low-cost », ou vente à bas prix, se retrouve dans des secteurs d’activités divers. Sa stratégie repose sur une réduction draconienne des
coûts d’exploitation en diminuant les prestations traditionnellement offertes par les employés, en promouvant l’automatisation des tâches, en
réduisant ou supprimant les points de vente. La généralisation du recours à Internet, où l’achat est déconnecté du déplacement de la clientèle, va
dans ce sens. Dans le bricolage, où il représente 15% du marché, des enseignes comme Conforama ou le suédois Ikea distribuent sous leur propre label
à prix pas cher. Dans l’habillement, l’économie est réalisée sur les coûts de marketing, l’absence d’innovation compensée par la copie modifiée des
articles de firmes plus créatives et la délocalisation de la production.
Dans l’aérien, les compagnies low-cost, aux tarifs pas cher, privilégient les aéroports
secondaires, accélèrent la rotation des appareils, suppriment au maximum le service à bord ou le rendent payant, se contentent de la classe unique
et font appel à Internet plutôt qu’à un système de comptoirs et guichets plus onéreux. Ryanair et Easyjet assurent le transport de 70% des passagers
utilisant cette voie. Dans la téléphonie mobile, ce sont les opérateurs virtuels – les
MVNO – qui concurrencent les opérateurs traditionnels
(SFR, Orange et Bouygues). Le low-cost touche également le monde des services avec l’hôtellerie (chambres à confort minimum, absence de service), la
location de voitures et des domaines tels la coiffure aux tarifs pas cher et les soins corporels.
LES TERMES DU PAS CHER
Les « réductions sur vente », inscrites sur les factures et que les comptables qualifient de « 3 R », comprennent le rabais qui consiste à diminuer
le prix de vente initialement fixé, vers le « pas cher », pour cause de non-conformité ou défectuosité du produit – et prend donc un caractère exceptionnel –, la remise
qui tient compte de l’importance du volume de vente ou de la profession du client (généralement revendeur) et la ristourne qui aboutit à un
prix de vente « pas cher » a posteriori en fonction du montant des achats d’un même acheteur sur une période donnée. Dans le même ordre d’idée,
l’escompte est consenti au client qui règle soit au comptant, soit avant le terme fixé par le bon d’achat.
Le prix d’appel fait référence à un produit à l’intérieur d’une gamme dont le prix n'est pas cher, dans le but d’attirer le client sur le
lieu de vente où lui seront proposés des articles aux conditions habituelles. S’apparente à cette pratique, le prix de lancement, dont l’esprit est
de vendre provisoirement un produit nouveau à un prix pas cher afin de fidéliser la clientèle sur cette nouveauté.
Le dumping est une vente à perte visant à éliminer la concurrence incapable de s’aligner sur un
prix inférieur au coût de revient. Il suppose des moyens financiers supérieurs aux autres vendeurs et/ou la volonté de s’approprier des parts de
marché en acceptant, à titre provisoire, de creuser un déficit de trésorerie. Sa pratique est prohibée par les autorités bien qu’en pratique il soit
parfois difficile de connaître ce coût, notamment s’agissant de production importée. Le dumping peut constituer une politique d’État délibérée (la
Chine est connue pour le pratiquer dans des secteurs précis).
Le « bas prix », ou discount – qu’il est suggéré de nommer « discompte » –, est une méthode misant sur un débit important permettant de reprendre
sur la quantité ce qui est perdu par l’utilisation de marges unitaires faibles (l’enseigne textile Tati a pour slogan « les plus bas prix »). Une
variante consiste à proposer des accessoires qui complèteront l’achat principal « pas cher ». Un voyagiste conseillera, autour d’un vol sec pas cher, un
éventail de séjours hôteliers tout compris ; un fabricant de vêtements offrira pour l’achat d’une robe la possibilité de l’assortir d’une veste,
d’un sac à main, d’une paire de chaussures, voire de colifichets (l’espagnol Zara propose fréquemment, sur ses nombreux points de vente, ce type
d’assortiment).
La réglementation des soldes liée à l’activité saisonnière ou de mode réserve le « démarquage » à certaines périodes de l’année. Ainsi, les
concessionnaires automobiles tenus à un quota quantitatif annuel de distribution par les constructeurs consentent-ils des prix pas cher au mois de
novembre et décembre. De même, les compagnies aériennes à bas prix, contraintes à un nombre de passagers acheminés vers certaines destinations afin
de bénéficier de tarifs pas cher pour l’usage d’aéroports, proposent-elles des billets pas cher, voire paient-elles leurs clients, pour
utiliser leurs lignes en fin de contrat. Quant à la mode – qui se définit « comme ce qui se démode » selon Coco Chanel –, phénomène que l’on trouve
principalement dans l’industrie textile féminine, la durée de vie d’un produit n’excède pas quelques semaines. Fabricants et détaillants soldent
leurs stocks d’invendus, dont le volume est d’autant plus important que l’engouement a été élevé, avant de passer à la saison suivante. Aux coloris
pastel du printemps (rose, ciel, jaune) succèdent marron, gris et prune de l’automne. Dans ce secteur, la profession de soldeur consiste à acheter
les fins de série, les stocker et les proposer la saison suivante à prix réduits, le plus souvent dégriffés pour ne pas pénaliser l’image de marque du fabricant.
UNE ÉCONOMIE MODERNE COMPLEXE
Dans la réalité d’une économie moderne complexe, la formation des prix, cher ou pas cher, n’est pas aussi immédiate et schématique et entrent en jeu des considérations subjectives, donc irrationnelles, relevant de la psychologie en contrepoint des données objectives. Ainsi, la valeur d’une marchandise dépend-elle pour partie de l’association que le consommateur fait entre le produit et son évocation (la confiture renvoie à l’enfance – les marques « Bonne Maman » ou « Materna » jouent de ce registre –, le Grand Nord au froid et à la pureté – « Esquimaux Gervais », fromages blancs « Fjord » (produit Danone), le caviar au luxe – les pots ne sont jamais en promotion, à savoir pas cher, pour ne pas casser l’image de marque).
LES TECHNIQUES DU "HARD DISCOUNT"
L’industrie alimentaire est le secteur où le hard-discount s’est le plus développé. Inauguré en Allemagne après la seconde guerre mondiale par la
dynastie Albrecht, le maxi-discount se développe dans les années 60 avec la naissance des enseignes Lidl, Norma ou Aldi (société référence des
frères Albrecht). Il est étendu aujourd’hui à l’ensemble des pays occidentaux. Contrairement au modèle de l’hypermarché qui repose sur une vaste
zone d’exploitation et des économies d’échelle, son principe est basé sur de plus petites structures à chalandise restreinte où les taux de marque
appliqués sont inférieurs aux commerces de proximité, l’assortiment limité – sous marque propre ou non – et des processus simplifiés. Le maintien
des coûts de fonctionnement pas cher est assurée par une grande polyvalence du personnel – désormais réduit – chargé de la mise en place, de la vente, de
l’animation et de la présentation. En France, les enseignes de maxi-discount (Lidl, Leader Price, Ed, Netto) n’atteignent que 13% du marché des
moyennes et grandes surfaces alors qu’elles couvrent en Allemagne 42% du secteur. La différence tient à 2 facteurs essentiels : la tendance
nationale à préférer un choix plus personnalisé et moins standardisé ; l’avance prise par le pays d’origine du concept. L’image de prix pas cher,
véhiculée par le hard-discount, attire, outre une clientèle à revenus faibles qui ne constitue pas l’essentiel du chiffre d’affaires, les classes
moyennes de la population divisées en 3 segments : les clients réguliers à la recherche d’un point de vente permettant un remplissage des caddys
dans la limite de l’offre disponible, les acheteurs se fournissant en produits de base et les consommateurs ponctuels ayant repéré des produits au
prix pas cher. Au total, la clientèle hard-discount répond sociologiquement à une strate jeune de familles avec enfants qui correspond à 35% de la
population française.
L’expansion de ces enseignes est freinée par la réaction de la
grande distribution classique (Carrefour, Leclerc, Auchan) qui propose, à son tour, une segmentation de ses gammes et des produits « premiers
prix » pas cher. Les hypermarchés tiennent compte dorénavant de l’évolution du mode de vie des Français. Le temps consacré aux achats a diminué de 25% dans
les 20 dernières années, le choix trop standardisé est concurrencé par les spécialistes (Darty, Décathlon, Fnac) offrant conseil, service et
réhumanisation de l’acte d’achat. Reste que l’explosion récente de l’électronique, l’informatique et la téléphonie laisse un espace à ce type de
commerce qui se dirige de plus en plus vers l’abandon de la rentabilité au m2 au profit d’une offre plus ciblée et de l’ouverture sur des rayons
tels que les arts de la table, la décoration et le textile. L’approche conviviale et l’accessibilité sont des facteurs nouvellement introduits
suivant la demande de la clientèle.