Les vacances permettent d’apporter une échappatoire aux nombreuses insatisfactions qui peuvent découler d’une vie quotidienne stressante, soumise aux agressions de l’environnement urbain, aux exigences d’adaptation à des situations professionnelles compétitives parfois traumatisantes, au caractère morcelé du travail et à l’absence de véritable communication sociale entre les individus. Tous ces éléments, réunis dans le fameux slogan de mai 1968 « métro-boulot-dodo », font naître l’aspiration à un autre mode de vie dans lequel primeraient la liberté du corps, de l’esprit et du désir, le retour à la nature et la redécouverte des éléments primordiaux tels que le soleil, la mer, l’espace ou encore le jeu grâce auxquels le stress engendré par les contraintes des sociétés industrielles serait balayé, et les individus seraient régénérés par ces vacances, qui prendraient alors la forme de véritable « re-création ».
DES VALEURS FONDAMENTALES
Cette civilisation des loisirs, qui va de paire avec une augmentation croissante du temps libre, représente une mutation des valeurs fondamentales et une rupture non négligeable avec la tradition chrétienne dont les préceptes faisaient souvent office de dogme dans la façon qu’avaient les individus de percevoir le travail et sa finalité. La rupture, outre celle qui s’opère avec la tradition chrétienne, se fait également avec la tradition calviniste que le sociologue et économiste allemand Max Weber considérait comme l’une des sources du capitalisme.
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VACANCES
DÉFINITION
Le mot « vacances », désigne une période de repos et de délassement plus ou moins longue pendant laquelle les activités professionnelles des individus, quelles qu’elles soient, sont interrompues.
La personne qui profite de ce congé, et qui est donc en vacances dans un lieu de villégiature, est appelée « vacancier ». Ce terme se différencie de la notion d’ « estivant », qui ne convient qu’aux vacanciers d’été, et de celle de « touriste », qui désigne des individus qui voyagent d’un lieu à un autre pour satisfaire leur curiosité.
C’est la généralisation des congés payés couplée à l’augmentation du niveau de vie qui a permis l’accroissement des départs en vacances, véritables migrations vers des lieux de villégiature variés à la campagne, la montagne, et surtout sur le littoral.
Par extension, les vacances désignent également la période pendant laquelle les établissements scolaires (écoles, collèges, lycées et universités) sont fermés. On parlera par exemple de « vacances de Noël » au mois de décembre, ou de « vacances d’été », appelées également « grandes vacances » aux mois de juillet et août.
Historique de la notion de vacances
L’idée de vacances, période de repos et de délassement, et la part grandissante que celles-ci occupent dans nos société actuelle a donné naissance à l’expression de « civilisation des loisirs », qui a été inventée par le sociologue français Joffre Dumazédier, qui fut l’un des pionniers de la sociologie du loisir et des vacances.
La formule est mentionnée pour la première fois dans l’ouvrage intitulé « Vers une civilisation des loisirs », publié en 1962, dans lequel Dumazédier tente d’analyser les conséquences du processus d’accroissement du temps libre lié à des facteurs tels que la réduction du temps de travail, l’avancement de l’âge de la retraite et l’augmentation des congés payés. Pour lui, ce temps libre permettrait de créer les conditions nécessaires à une « meilleure réalisation de l’homme par lui-même », qui ne peut pas se faire uniquement par le biais du travail.
L’idée de « civilisation des loisirs » sera progressivement reprise par les mass media, et finira par désigner le mode de vie caractéristique des sociétés industrielles avancées dans lesquelles les vacances sont considérées par les actifs comme un dû et occupent une place toujours grandissante.
Ainsi, l’idée directrice de la chrétienté selon laquelle le travail était pour l’homme la condition et le moyen de se racheter du péché originel commençait à s’étioler face à la démocratisation de la civilisation des loisirs, et par conséquent, des vacances.
La philosophie de la Grèce Antique, dans laquelle l’oisiveté n’était pas synonyme de paresse, faisait alors progressivement son retour. En effet, dans cette civilisation, l’inactivité était la condition quotidienne des citoyens et des philosophes et le travail était réservé aux esclaves. D’après le philosophe Aristote, la situation était vouée à rester figée selon ce principe jusqu’à la venue d’un temps dans lequel, selon ses mots, « les navettes marcheraient toutes seules ».
Cependant, si cette vision antique paraît utopique et extrémiste et ne peut par conséquent, de nos jours, être entérinée dans sa globalité, il convient de prendre en compte ces affirmations, tout en les tempérant, étant donné qu’elles correspondent en partie à l’évolution de la considération des vacances dans les sociétés modernes.
En effet, comme nous l’avons abordé précédemment, nos sociétés accordent une place toujours grandissante aux vacances et aux loisirs, et on peut même considérer que la conscience collective a aujourd’hui totalement intégré l’idée du repos comme un droit. Pourtant, ce repos doit être « mérité », dans le sens ou il est certes un droit mais il reste lié au travail, il en est la complémentaire. Ainsi, pour obtenir des jours de vacances, il est nécessaire d’avoir accumulé précédemment des jours de travail.
Finalement, les vacances ne possèdent pas de légitimité propre, mais restent avant toute chose un laps de temps nécessaire à l’individu pour se reposer dans le but de recréer sa force de travail.
De plus, on se rend compte que le concept de vacances et de loisirs délimités dans le temps de façon précise et bien définis quant à leur contenu est en fait l’aboutissement de la rationalisation toujours plus importante des sociétés industrielles modernes. Ces dernières se caractérisent en effet par une tendance à la planification quasi systématique ainsi qu’à la séparation nette des choses : temps de travail et lieu de travail, temps de loisir et lieu du loisir…
VACANCES ET TRAVAIL
Les vacances et les loisirs n’aspirent donc pas, dans un futur aussi bien historique qu’utopique, à supplanter le travail, reléguant celui-ci au rang d’activité marginale alors même que le temps libre deviendrait la norme. L’homme ne serait en effet pas prêt à faire face au « vide » que représenterait la réalité d’un temps libre plus important que le temps de travail dans la mesure où les sociétés modernes continuent de classer les individus par rapport à leur position socio-économique, et donc par rapport à leur activité professionnelle. Dans l’imaginaire collectif, une bonne situation professionnelle apporte en effet une sorte de pouvoir et est la condition sine qua non pour permettre aux individus de s’épanouir au sein de la société. Ainsi, de nos jours, on peut considérer qu’il existe une sorte de psychose face à des situations plus ou moins précaires telles que celles que peuvent connaître les chômeurs, les retraités ou encore les femmes au foyer.
Pourtant, s’ils ne sont pas prêts de supplanter le travail, les loisirs et les vacances ne sont plus, comme ils l’étaient auparavant, le privilège exclusif d’une minorité puisqu’ils sont progressivement devenus l’aspiration de la majorité.
Les causes d’une telle évolution des mentalités sont multiples. Tout d’abord, l’amélioration et le perfectionnement des techniques ainsi que les progrès du machinisme ont réduit le nombre de travailleurs nécessaires, permettant ainsi à ces derniers de disposer de davantage de temps libre.
Le sociologue français George Friedmann, dans son livre intitulé « Le travail en miettes », publié en 1956, étudie les effets des progrès techniques sur le travail. Il porte notamment un regard critique sur le travail à la chaîne qui, selon lui, le rend ennuyeux et vide de sens, d’où le titre de son ouvrage. Pour Friedmann, dans un tel contexte professionnel, ce sont alors les vacances et les loisirs qui permettent à l’individu de se réaliser en dehors du travail.
Ensuite, on remarque que les luttes syndicales, sous l’influence des théories du communiste allemand Karl Marx, ont rapidement repris à leur compte l’une de ses idées principales qui soutient que « la liberté commence avec la diminution des heures de travail ». De là, les syndicats imposeront, entre autres, l’adoption de la semaine de quarante heures et des congés payés.
De plus, l’augmentation du niveau de vie en général, à laquelle s’ajoutent l’élargissement et la diversification des besoins, tendent à favoriser les habitudes et les préoccupations liées aux vacances et aux loisirs. La démocratisation de l’automobile au début du XXè siècle, et celle de l’avion quelques années plus tard permettent également de faciliter les déplacements, et donc les départs en vacances.
Les mœurs évoluent et l’invasion de la publicité aidant, il devient essentiel de savoir de libérer de toutes les tâches et tracas de la vie quotidienne pour jouir de ses vacances et consommer.
Enfin, l’élévation du niveau moyen d’instruction générale, conséquence de la prolongation de la durée de la scolarité, ainsi que l’influence des mass media, tendent à favoriser la demande de produits et de loisirs liés à la culture. Hors, cette demande ne peut évidemment être satisfaite qu’en dehors du temps de travail.
VACANCES ET CLASSES SOCIALES
Malgré la prise de conscience collective du droit au repos, et malgré l’augmentation relative du niveau de vie, l’idée de loisirs et de vacances n’a pas pénétré de la même manière dans tous les milieux sociaux, et des inégalités persistent.
En effet, pour le monde rural par exemple, qui est caractérisé par la difficulté du travail et l’importance de la quotidienneté des tâches, les vacances et les loisirs ne sont pas la même réalité et ne possèdent pas la même signification que dans les autres milieux sociaux. Les obligations liées à la ferme ou à l’exploitation agricole se prêtent mal à la nécessité de découpage précis du temps en temps de travail d’une part et en temps de loisir d’autre part. De plus, les travailleurs ruraux demeurent soumis au cycle naturel des saisons qui représente un obstacle supplémentaire.
Pourtant, l’agriculture, comme tous les autres secteurs économiques, a connu une industrialisation importante ainsi que la modernisation des techniques utilisées. Cette évolution, liée à l’influence massive des médias (principalement la télévision) contribue à sortir le monde rural de son isolement et à lui permettre d’accéder aux mêmes avantages et privilèges que les autres classes sociales.
Ainsi, on voit progressivement apparaître, au sein du secteur agricole, de nouvelles demandes et de nouvelles formes d’intervention sociales, avec notamment le développement du syndicalisme agricole.
Pourtant, malgré ces évolutions des mœurs et les nouvelles possibilités qui lui sont offertes, le monde rural reste celui qui a le rapport le moins fort et le moins exigeant à l’idée de la nécessité des vacances et des loisirs.
Finalement, l’idée reçue selon laquelle sur une plage, les catégories sociales disparaissent et l’ouvrier et le patron cessent de se différencier s’avère totalement fausse.
Rigidité du calendrier scolaire
La rigidité du calendrier scolaire, ainsi que le désir général de profiter des vacances pendant les jours les plus chauds, entraînent, pendant la période estivale, un ralentissement notable de l’activité économique pendant 4 à 6 semaines chaque année. A ce ralentissement s’ajoute l’engorgement des voies de communication et des ressources hôtelières. Malgré des tentatives visant à « étaler » les vacances par le biais de la création de zones de vacances différentes, ce problème, aux conséquences parfois fâcheuses, demeure sans véritable solution à l’heure actuelle.
ASPECTS POSITIFS ET NÉGATIFS
Les vacances, malgré tous les aspects positifs qu’elles véhiculent et symbolisent, peuvent aussi être l’occasion de désenchantement. Car les vacances sont finalement le redoublement inverse, donc identique, de la vie quotidienne, qui reproduisent par conséquent les aliénations de la vie professionnelle.
Reste donc à l’individu à apprendre que vivre et travailler ne sont pas synonymes et que les vacances et les loisirs sont des éléments nécessaires à son équilibre. Alors peut-être pourrons nous envisager, dans un futur plus ou moins proche, de nous réjouir de la situation décrite par Aristote dans laquelle les « navettes marcher[aient] toutes seules ».
LA CIVILISATION DES LOISIRS
La « civilisation des loisirs » définie par Dumazédier reste donc malgré tout une civilisation du travail dans laquelle les vacances, si elles prennent de plus en plus de place, continuent d’occuper une part marginale. Pourtant, l’imaginaire collectif a véritablement assimilé l’idée de l’importance du droit aux vacances et la nécessité de s’adonner aux loisirs hors de son temps de travail. En effet, l’hédonisme créé par nos sociétés postindustrielles modernes ne demande qu’à se satisfaire dans le mythe du loisir.
LE MOYEN OUVRIER
Dans le milieu ouvrier, et plus généralement pour les petits et les moyens salariés, le rapport aux vacances et aux loisirs est conflictuel, ces derniers étant tiraillés entre le désir d’accéder aux vacances et l’aspiration d’une amélioration de leur statut économique. Une enquête effectuée en France dans les années 1980 a révélé que, s’ils avaient à choisir entre une augmentation des congés payés ou une augmentation de leur salaire, la grande partie des employés opteraient pour l’augmentation de salaire.
Malgré tout, il faut prendre en compte le climat économique difficile de l’époque dans lequel le chômage était légion. La situation économique générale étant tendue, les salariés avaient peur de l’avenir et donnaient par conséquent la priorité au désir d’assurer leur pouvoir d’achat, devant celui de se divertir. Il faut également noter que cette tendance était plus floue chez les jeunes, laissant transparaître la nécessité plus importante de bénéficier de vacances et de loisirs chez les nouvelles générations.
Malgré toutes les évolutions socio-économiques et la démocratisation relative des vacances, on ne peut malheureusement pas faire abstraction des hiérarchies sociales. En effet, si près de 50% des français partent en vacances, ce pourcentage dépasse les 80% chez les cadres supérieurs et les professions libérales, et tombe sous la barre des 10% chez les agriculteurs. Ces différences se ressentent également du point de vue de la qualité des vacances, voire des lieux de villégiature choisis.
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