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Bibliographie Aéronautique

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Bibliographie Aéronautique - J'ai vécu l'épopée de l'aéropostale

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J'ai vécu l'épopée de l'aéropostale Auteur : Marcel Moré
Année de publication : 1980
Editeur : Acropole

C’est en 1916, très jeune encore, que Marcel Moré est entré à l'école de Mécanique, chez Latécoère, à Toulouse-Monfaudran. Depuis cette date, on peut dire que sa carrière s'est confondue avec l'histoire de la conquête de l'air. Il fait partie de la poignée d'hommes qui, d'emblée, a cru à l'aviation commerciale, et lui a permis de prendre l'essor que l'on sait entre les deux guerres.
Marcel Moré est actuellement le doyen de tous ceux qui ont participé à cette épopée. Il a vu, fauchés la plupart du temps en pleine jeunesse, tomber nombre de ses compagnons, - Gourp, Santelli, Mermoz, Etienne, Reine, Guillaumet pour ne citer que ceux-là -, camarades qui étaient aussi, le plus souvent, de vieux amis. Se faisant à vue, la navigation aérienne était à l'époque hautement hasardeuse et tributaire de prévisions météorologiques encore bien aléatoires, quand elles existaient. Les moteurs n'étaient guère fiables et s'échauffaient parfois brusquement, et les gicleurs des carburateurs se bouchaient pour un oui ou un non. Marcel Moré estime avoir eu beaucoup de chance d'en être lui-même sorti indemne, car il a frôlé la catastrophe à plusieurs reprises et s'est tiré avec un minimum de dommages d'un accident à Toulouse, en 1936.
Son optimisme foncier semble cependant n'avoir jamais été entamé par les tribulations d'une vie plutôt mouvementée, au cours de laquelle il lui a fallu faire face aux situations les plus imprévues, y compris l'envahissement du terrain dont il avait la responsabilité par des révolutionnaires qui voulaient lui emprunter ses avions, en 1930, au Brésil. A soixante-seize ans, il a conservé une bonne humeur et une affabilité qui sont sa marque distinctive; et si l'on interroge ses amis, la première chose dont ils vous parlent, c'est « la gentillesse et l'humanité» de Marcel Moré.
En réalité, Marcel Moré a commencé sa carrière de mécanicien avant son engagement officiel, au moment même où Georges Latécoère convertit son usine, qui jusque-là assemblait des wagons de chemin de fer, en atelier de montage d'avions. On était en 1915, et il s'agissait pour l'industriel de soutenir l'effort de guerre. Marcel Moré entre à l'école de Mécanique dès son plus jeune âge, et il acquiert ainsi l'expérience pratique et irremplaçable de tout ce qui constitue un avion: moteur, voilure, cellule, gouvernes, train. Son enthousiasme, son ardeur au travail et son ingéniosité ne passèrent pas inaperçues: Didier Daurat, l'homme qui, la paix revenue, avait été choisi par Latécoère pour mettre sur pied une ligne commerciale aérienne entre la France, l'Afrique et l'Amérique du Sud, remarqua tout de suite le jeune Marcel.
Dès que Marcel Moré est dégagé de ses obligations militaires, Daurat l'envoie à Alicante, en Espagne, pour renforcer l'infrastructure locale sur le plan mécanique et former une équipe de mécaniciens espagnols. Il n'a que vingt-deux ans, et pourtant le voilà déjà le chef mécanicien d'une étape essentielle sur la route de l'Afrique. C'est une bien lourde responsabilité pour un homme aussi jeune. C'est lui qui doit décider, en dernier ressort, si un avion est « disponible » ou non, s'il est en mesure de prendre l'air. Il lui faut tenir tête à des pilotes un peu trop fougueux, prêts à partir dans n'importe quelles conditions; il devra même imposer un jour un changement d'appareil à Saint-Exupéry, qui, il faut le préciser, se soumit de bonne grâce au verdict du mécanicien. Par son sérieux et sa compétence, Marcel Moré ne tarde pas à forcer l'estime et le respect de tous; nul ne s'étonne quand en dépit de sa jeunesse, Daurat décide de l'envoyer sur les lignes d'Amérique du Sud, au moment de l'inauguration du service postal régulier par air sur ce continent. Il y travaillera comme mécanicien navigant et comme mécanicien faisant office de chef d'escale. Il accumule ainsi un nombre respectable d'heures de vol à bord des différents appareils qu'il avait en dotation et qu'il venait en général de vérifier lui-même.
Poursuivant sa carrière au sein d'Air France, Marcel Moré a tour à tour été contrôleur principal de fabrication et d'essais en vol, et chef du service entretien à Buenos Aires, à l'époque des Constellation. Au cours de sa vie de mécanicien, il a bien connu tous ceux dont l'histoire a retenu les noms, comme Mermoz, Guillaumet ou Saint-Exupéry, dont il nous parle à plusieurs reprises. Mais il a surtout fait partie de ce bataillon d'anonymes, pilotes, radios, navigateurs et mécaniciens qui ont, jour après jour, bâti la Ligne avec cette humble vaillance, opiniâtre, quotidienne, rarement reconnue, rarement récompensée, et qui est peut-être le plus noble des courages.
Jean Macaigne était un tout jeune radio lorsqu'il rencontra Marcel Moré pour la première fois, à Pelotas, au Brésil. Depuis, il a fait une brillante carrière à Air France, et a réuni une remarquable documentation sur l'Aéropostale. Voici ce qu'il m'a confié: « Alors que je venais d'arriver à Pelotas pour y créer le service de radio, Marcel Moré s'est immédiatement montré coopératif et amical; il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour me faciliter la tâche, et notre amitié date de cette époque. En dépit de carrières différentes, nous n'avons jamais perdu contact. Dans son travail, Marcel Moré faisait preuve du plus grand sérieux, et savait se montrer exigeant quand il le fallait; mais cette attitude était toujours tempérée par la plus grande des gentillesses. »
Le commandant Dabry, pour sa part, a connu Marcel Moré quelques années plus tard. Cet ancien capitaine au long cours avait eu le coup de foudre pour l'aviation; devenu le coéquipier de Mermoz, il prit part, en tant que navigateur, à la première traversée de l'Atlantique Sud par Mermoz, en 1933, sur un Laté-28 spécial. Jean Dabry devint par la suite pilote lui-même et termina sa prestigieuse carrière à Air France, comme chef-pilote sur les Super-Constellation de la compagnie nationale. « J'ai toujours mis l'accent, m'a-t-il dit, sur l'esprit d'équipe, et j'ai toujours incité les jeunes copilotés à me signaler tout ce qui leur paraissait anormal, car même un commandant de bord n'est pas infaillible ! Je crois que c'est pour une bonne part à cet esprit d'équipe que je dois de ne jamais avoir eu de "pépins". Je peux dire qu'un tel esprit a toujours animé Marcel Moré, quand il était chef d'aéroplace en Amérique du Sud, tout comme lorsqu'il se retrouva au poste ingrat mais vital de vérificateur en vol. En tant qu'anciens de l'Aéropostale et d'Air France, nous avons souvent l'occasion de nous voir. Une amitié est née entre nous. Je crois que, mis à part son sérieux au travail et son sens des responsabilités, la plus grande qualité de Marcel Moré est son humanité, doublée d'une gentillesse qui semble inépuisable. »
En tant que collaborateur de cet ouvrage, je voudrais ajouter un mot personnel. Le livre que l'on va lire est l'histoire de la vie de Marcel Moré, telle qu'il me l'a racontée au cours de multiples entretiens devant un magnétophone, ou d'après les notes qu'il rédigeait lui-même. Mon rôle s'est borné à faire une mise en forme, et surtout à le questionner sur des choses qui, pensait-il, ne méritaient pas que l'on s'y arrête; je sais bien que j'ai mis sa modestie naturelle à rude épreuve, et soupçonne d'ailleurs qu'elle l'a plusieurs fois empêché de dire exactement le rôle qu'il avait joué dans telle ou telle circonstance...
Je ne puis donc que confirmer le témoignage apporté par ses amis Jean Macaigne et Jean Dabry: je ne l'ai jamais vu autrement que de bonne humeur et aussi heureux de vivre, à soixante-seize ans, qu'il pouvait l'être à cinquante ans. Il y a de multiples façons d'avoir une vie bien remplie, riche et satisfaisante, tout en restant en dehors des sentiers de la gloire. Marcel Moré, en ayant participé pleinement à ce qui est sans aucun doute la plus belle aventure de l'homme du XXe siècle, la conquête des airs, nous donne un vivant exemple de ce genre de réussite, et je tiens à l'en remercier.


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