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Bibliographie Aéronautique

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Bibliographie Aéronautique - Quand le ciel était français

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Quand le ciel était français 1783 - 1913 Auteur : Henri Poydenot
Année de publication : Inconnue
Editeur : Amiot Dumont

Au début du siècle, dans un coin de France, il y avait un jardin surveillé par une très vieille maison.
Dans ce jardin, par-dessus des hêtres, des mûriers et des tilleuls d'une belle venue, un wellingtonia pointait très haut dans le ciel. Près du dôme vitré de la serre où le soleil ricochait, un cep robuste, à courbe maléfique de serpent figé, montait à l'assaut d'un magnolia. Vers la fin août, entre les fleurs blanches de cet arbre touffu, les guêpes et les frelons tournoyaient autour des grappes blondes d'un chasselas: très haut perché.
C'était un jardin magique !
La vieille maison n'était pas tranquille. Elle semblait avoir de la répugnance à confier les enfants, nés dans ses murs, à ce parc étrange dont les intentions paraissaient s'inspirer du mystère de ses allées, qui, d'abord sans malice sous la nappe d'or, d'un soleil d'été, disparaissaient brusquement dans une ombre verte de cathédrale engloutie.
Les enfants avaient compris la rivalité de la maison et du jardin. Ils savaient bien que, du sable frais, où s'érigeait le portique de la balançoire, aux poiriers du verger, du fond de l'allée des marronniers à la haie de bambous, des branches râpeuses du cèdre aux buissons des framboises, on apercevait toujours une fenêtre, une lucarne ou un coin du toit de la vieille maison attentive et qui semblait se hausser, à la façon d'une aïeule inquiète, dressée sur la pointe des pieds pour surveiller les ébats de bébés cachés derrière un paravent.
Pourtant, la vieille maison avait fait de son mieux pour élever et garder auprès d'elle les enfants de bien des générations. Le jardin s'était chargé de réduire à néant cette éducation statique...
Si les jeunes filles en crinoline, qui brandissaient autrefois la gaze verte des filets à papillons, étaient devenues des dames âgées dont robes noires, cheveux blancs et grande politesse gardaient toujours le logis, les petits garçons, harnachés de « chevaux à jupes », qui caracolaient naguère autour des grilles du bassin où nageaient têtards et salamandres, s'étaient changés en officiers de cavalerie, en missionnaires barbus et en coureurs d’océans.
La maison avait dû en prendre son parti: les petits garçons qui sortaient du jardin ne voulaient pas être notaires, avocats ou coureurs de dot. Leur nom très ancien aurait beaucoup aidé au succès dans ces carrières, fort appréciées dans la région... Et c'est pourquoi, en ce début du siècle, la vieille maison aux volets entrouverts surveillait avec attention le parc où les enfants d'une nouvelle génération épuisaient, les uns après les autres, les jeux qui avaient ravi la jeunesse de leurs parents. Il y avait eu la « période du croquet », celle du « tonneau », mais, après avoir saccagé la terre battue et le filet métallique d'un tennis champêtre, les enfants s'étaient mis à inventer des jeux nouveaux.
Aujourd'hui, la « période Jules-Verne » était terminée. Le sous-marin Nautilus du capitaine Nemo n'était plus qu'un tas de sable raviné par les pluies d'orage, et le tuyau de poêle, qui figurait encore, l'an passé, le canon prodigieux d'où partait l'obus à destination de la lune, avait été abandonné à la rouille et aux limaces, là-bas, derrière l'ancien poulailler - à l'endroit où, au soir tombant, se faisait entendre le premier coup de flûte d'un crapaud ponctuel.
La vieille maison était troublée. Elle savait que, tous les soirs, avant de s'en aller coucher dans les chambres où rôdaient des fantômes bienveillants autour des portraits d'ancêtres, des lits bateaux et des carafes opalines, les enfants se réunissaient dans la bibliothèque. Là, autour de l'aîné qui lisait à haute voix les pages d'un magazine, les cadets faisaient un cercle trop éveillé sous la jaune clarté de la lampe à pétrole. Horrifiée, la vieille maison entendait des mots chargés de mystère:
Le Grand Prix de l'Automobile Club 1904, disputé sur le très dur circuit d'Auvergne, a été gagné par Théry, sur Richard Brasier, à la moyenne de 96 kilomètres à l'heure. Le kilomètre lancé a été parcouru par Rigoly, sur Darracq, à la vitesse de 166 kilomètres à l'heure.
Et, dès l'aube du lendemain, les enfants couraient dans les greniers, vidaient des malles vétustes, aux coins éraflés par des impériales de diligence, dévissaient les roues d'imposantes voitures de bébés, décortiquaient des caisses de bois blanc. Dérangés, des chats-huants battaient des ailes, après avoir esquissé une ébauche de pas cadencé.
Les enfants descendaient enfin. Les allées du parc leur ouvraient alors les scellés d'urgent des toiles d'araignées où perlait la rosée matinale. Et c'est ainsi que le jardin fut promu à sa nouvelle dignité de circuit pour automobiles de course.
Les vieilles malles étaient les cabots des bolides. Des planches en équilibre instable représentaient les « baquets » du conducteur et du mécanicien. Deux bambous, plantés en terre, faisaient office de levier, et la roue d'une voiture de bébé figurait le volant de direction. Rien n'avait été oublié: une boîte en carton, lardée de copeaux et clouée devant le volant, était le « graisseur », et, dans les entrailles de la malle, un clysopompe terminait sa médicale et gaillarde carrière sous les apparences d'un moteur Lorraine-Dietrich de cent chevaux...
Avant la course, on faisait le plein d'essence. Gravement à la file indienne, les garçons allaient jusqu'au bassin pour emplir d'eau des chaufferettes hors d'usage, aux fissures adroitement mastiquées par un jardinier expert. Et puis, le départ de la course était donné. Le conducteur empoignait le volant, et le travail du mécanicien commençait. Ce n'était pas une sinécure ! Certes, le clysopompe donnait toujours ses cent chevaux, et la boîte de carton distillait un graissage sans défaillance, mais c'était le « mécanicien » qui, bouche en cul-de-poule et joues violettes, avait le rôle écrasant d'imiter le bruit du moteur déchaîné...
Et, sous les branches protectrices et odorantes du cèdre, ces voitures immobiles battirent bien des records...
Bon gré, mal gré, la vieille maison était obligée de s'associer à ces triomphes. A l'heure où dans le calme doré d'un après-midi d'été, la grande sœur chantait au piano une valse de Paul Delmet, des hurlements discordants éclataient dans le jardin. La jeune fille s'accoudait à la fenêtre. Un de ses frères passait en courant. S'arrêtant à peine, il donnait de rapides explications d'une voix haletante:
- Nazzaro est en panne devant les tribunes. Cissac vient de se tuer, et nous terminons la course à 130 de moyenne...
- Très bien ! Mais vous avez oublié de goûter...
- Ça fait rien ! J'suis venu chercher le drapeau !
L'enfant s'éclipsait, repassait sous la fenêtre et, au galop de ses petite jambes, disparaissait bientôt sous le tunnel glauque de l'allée des mûriers où, pendant un instant, s'arrêtait la crécelle stridente du chant des cigales. Et puis, là-bas, près du cèdre lointain, le drapeau du messager se déployait. Fébrilement agité pour saluer l'arrivée du bolide vainqueur, le pavillon tricolore éclaboussait de bleu, de blanc et de rouge la verdure impassible.Une fois de plus la France avait gagné !
Il y a cinquante ans, ce chauvinisme enfantin ne prêtait pas à sourire. A cette époque, l'automobile n'était-elle pas une création continue des ingénieurs et des ouvriers français ?
Du fardier de Cugnot, qui, en 1771, se déplaçait à quelque cinq kilomètres à l'heure sur les routes royales, aux voitures qui approchaient alors les deux cents kilomètres à l'heure, le travail des chercheurs et des réalisateurs avait été gigantesque. Avant même que les trouvailles de Carnot aient permis l'étude raisonnée et fructueuse des moteurs thermiques, et que Serpollet, en construisant la chaudière à vaporisation instantanée, ait enfin trouvé un type pratique d'automobile à vapeur, Lebon dès 1801, avait fait breveter un, « moteur à gaz » avec allumage par électricité. En 1889, Fernand Forest, inventant l'allumage par magnéto et le carburateur avec cuve à niveau constant, flotteur et gicleur, avait donné sa forme définitive au moteur à essence. Et ce n'étaient pas les Renault, les Panhard et les Richard Brasier qui allaient laisser stagner de pareils résultats ! Aux performances des moteurs et à la solidité des châssis, qui, déjà à l'orée du siècle, avaient foncé à plus de cent kilomètres à l'heure sur les routes ravinées et non gardées qui menaient de Paris à Madrid et de Paris à Berlin, les carrossiers ajoutaient un confort et une élégance de ligne qui faisaient de l'automobile française la voiture la plus recherchée et, aussi, la plus copiée. En 1908, par exemple, la cour d'Autriche avait pris livraison de vingt automobiles de Dion-Bouton, à moteur de 8 cylindres en « V », carrossées en landaulet, et qui transportaient à plus de 80 kilomètres à l'heure de moyenne six personnes bien installées dans des sièges capitonnés... La vieille maison ignorait ces palmarès, mais avait appris à se faire accueillante aux automobiles qui se présentaient devant son perron. Ce fracas de moteur, ce crissement de pneus sur le gravier annonçaient l'approche de gens bizarres, qui, une fois dépouillés de voilettes, de cache-poussière, de peaux de biques et de masques à lunettes, se métamorphosaient en gens prospères. Admiratifs, les enfants tournaient autour des voitures et consultaient gravement ces personnages omniscients, coiffés de casquettes rigides, qu'on nommait « les chauffeurs ». La vieille maison se rengorgeait. L'aîné des garçons venait de passer « avec mention » les épreuves du baccalauréat. Dans le parc, les « automobiles de course » disloquées


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